Conférence de Judith Butler

2010

D’Eichmann à Goldstone : repenser le jugement et l’obligation

Dans ce texte, je propose d’examiner le problème du jugement, qui fut soulevé, aux yeux de Hannah Arendt, par des crimes de guerre sans précédent historiquement. Elle a finalement avancé que certains types d’obligations de co-existence et de co-habitation étaient prioritaires par rapport à tout code juridique existant et elle soutint implicitement qu’ils devraient constituer le cadre moral dans lequel le droit international est formulé. Bien qu’elle ait compris dans les années 1960 que le caractère contraignant du droit international était discutable, elle n’en soutint pas moins que les jugements juridiques devaient être fondés sur des jugements moraux et que ces derniers devaient affirmer et protéger la condition sociale de pluralité. Bien que près de 60 ans se soient écoulés depuis la publication d’Eichmann à Jérusalem, les analyses d’Arendt restent pertinentes et controversées car elles impliquent à la fois (a) un soutien pour une autorité fédérale binationale au Moyen Orient et (b) la poursuite des crimes de guerre comme crimes contre la pluralité. Bien qu’Arendt ait été accusée d’avoir échoué à comprendre le caractère traumatique du génocide Nazi du peuple juif, et, par conséquent, leurs raisons d’établir un État sur les bases de la souveraineté juive et d’un avantage démographique, elle se fondait en réalité sur une autre mémoire collective : celle du réfugié et des droits du sans-État. Elle n’a pas n’a pas réduit les solutions juridiques à des solutions morales, mais a pensé que tout droit légitime - qu’il fonde l’État ou poursuive des crimes de guerre - devait être fondé sur une ontologie sociale de pluralité ayant des implications morales concrètes. Elle a critiqué le procès Eichmann en tant qu’acte de construction d’une nation, suggérant que la poursuite des crimes de guerre était illégitimement liée à l’acte de construction de l’État-nation et établissant la légitimité de l’État d’Israël. Dans le rejet récent du rapport Goldstone par le gouvernement israélien, la question de la « légitimité » de l’État est de nouveau posée. Si Israël a commis des crimes de guerre, cela implique-t-il que la légitimité de l’État soit remise en question ? Mon argument consiste à dire que c’est seulement à la condition que les motifs de légitimation codent et sanctuarisent la victimisation en tant que prérogative exclusive d’Israël dans la région que l’allégation de crimes de guerre heurte les prétentions de légitimité de l’État. On peut en voir la fondation dans le procès Eichmann, mais cela a été réaffirmé dans la réponse à Goldstone. Existe-t-il une autre mémoire, la mémoire des sans-États, qui pourrait établir d’autres bases à la fois pour la poursuite des crimes de guerre et l’établissement de la légitimité de l’État ?



Calendrier

  • mercredi 31 mars 2010, 16h-19h, Amphi Buffon, Site des Grands Moulins, Université Paris Diderot - Paris 7.












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