Espace public et création

2011

Colloque organisé par Anne Kupiec, Nicolas Poirier et Etienne Tassin dans le cadre du Centre de sociologie des pratiques et des représentations politiques (CSPRP) de l’Université Paris-7 Denis Diderot.

L’objet de ce colloque est de chercher à faire se croiser, au travers d’approches philosophiques et sociologiques, les fi ls de la création artistique et ceux de la création politique dans le monde contemporain, en essayant de saisir les modalités par lesquelles se tisse la trame de l’espace public, qu’il ne faut pas entendre trop rapidement en tant que lieu du consensus où viendraient s’éteindre les foyers de confl it mais plutôt comme cette dimension critique par où la société s’affronte à
la question de son propre chaos et cherche à se mettre en question. Au-delà du constat désenchanté de la mort des idéologies, de la fi n des utopies et du déclin des grands récits, il semble en effet nécessaire de redessiner les contours de ce qui, sous le terme d’« avant-gardisme », s’était défi ni comme ce projet de critique radicale au terme duquel viendrait s’abolir la différenciation de l’art et de la vie dans le cadre d’un projet de révolution esthétique et politique. Que le surréalisme ou le situationnisme, par exemple, aient pu sombrer dans le fantasme de réconciliation fusionnelle de sphères dont la séparation attestait du caractère aliéné de l’existence humaine, ne signifi e pas pour autant qu’il faille tenir pour nulle et non avenue toute tentative s’efforçant de repenser l’articulation de l’art et de la politique autrement que
comme la mise en rapport de sphères strictement autonomes.

L’un des buts de ce colloque est précisément de susciter une réflexion
concernant le lien problématique qu’entretiennent création artistique et création politique, et la nature paradoxale d’un espace public ayant pour double fonction d’institutionnaliser la créativité et de rendre possible l’expression d’une effervescence critique et contestataire qui déborde tout cadre offi ciel. Il s’agira d’abord de développer une approche généalogique de la relation esthétique/politique, en s’efforçant de comprendre à partir de quel moment, et sur la base de quels critères, il est possible de parler de création authentique – au sens où existent aussi bien des individus véritablement individués, des créateurs d’oeuvres d’art singulières, que des possibilités pour les sujets politiques de produire de nouvel- les confi gurations du monde commun – et dans le même mouvement, d’un espace public susceptible d’accueillir de telles créations, en les réfléchissant. Mais il s’agira aussi d’interroger le rapport conflictuel qu’entretiennent le pôle de la créativité artistique et celui de la créativité politique, au-delà des conceptions qui voient dans la créativité artistique l’instance de dissolution du lien social, ou à l’inverse l’ultime résistance politique à
l’entreprise de réifi cation et d’aliénation, ou même encore le simulacre où viennent s’abolir les distinctions du réel et de l’imaginaire et qui tend à récupérer toute critique véritable.

Plutôt donc qu’envisager l’espace de la créativité artistique et celui de la
créativité politique comme des lieux incommensurables, dont la mise en rapport devient aussitôt suspecte, il semble plus fécond de voir dans ces deux dimensions une articulation faite d’union et de tension à partir de laquelle se nouent et se dénouent les fi ls du commun : car si une société démocratique ne cesse d’être affrontée à la question de son absence de fondement qui force celle-ci à se mettre en question, et l’oblige ainsi à faire droit à la créativité, et donc à la démesure qui la travaillent, elle doit aussi opérer un partage du monde commun qui n’abolisse pas la spécifi cité des places occupées et soit susceptible d’en produire la mesure, même si elle en révèle la part d’arbitraire ; du coup devrait-on repenser la nature du lien entre la création artistique singulière et la création politique anonyme au-delà de l’opposition de l’élite et du profane, et réfl échir dans cette perspective à des problèmes qui sont trop souvent et trop rapidement caractérisés comme ceux de « l’individualisme démocratique », mais qui gagneraient sans doute à être repensés en tant qu’ils attestent d’une tension entre singularité et anonymat, que le régime
démocratique pousse à son paroxysme, sans toutefois jamais sacrifier aucune de ces deux exigences.



Documents

Programme de L’espace public et création (pdf, 1.6 Mo).


Calendrier

  • mardi 25 janvier 2011, 10h-17h, Paris 7.
    Première journée
  • mercredi 26 janvier 2011, 10h-17h, Paris 7.
    Deuxième journée












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