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CSPRPUniversité Paris Diderot - Paris 7 UFR de Sciences Sociales |
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Mercredi 31 mars 2010Conférence de Judith Butler
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Cette conférence est organisée dans le cadre du Séminaire « Justice pénale, justice réparatrice. Perspectives en droit international », du M2 Recherche Sociologie et Philosophie Politique, Université Paris Diderot - Paris 7 et laboratoire CSPRP.
Dans ce texte, je propose d'examiner le problème du jugement, qui fut soulevé, aux yeux de Hannah Arendt, par des crimes de guerre sans précédent historiquement. Elle a finalement avancé que certains types d'obligations de co-existence et de co-habitation étaient prioritaires par rapport à tout code juridique existant et elle soutint implicitement qu'ils devraient constituer le cadre moral dans lequel le droit international est formulé. Bien qu'elle ait compris dans les années 1960 que le caractère contraignant du droit international était discutable, elle n'en soutint pas moins que les jugements juridiques devaient être fondés sur des jugements moraux et que ces derniers devaient affirmer et protéger la condition sociale de pluralité. Bien que près de 60 ans se soient écoulés depuis la publication d'Eichmann à Jérusalem, les analyses d'Arendt restent pertinentes et controversées car elles impliquent à la fois (a) un soutien pour une autorité fédérale binationale au Moyen Orient et (b) la poursuite des crimes de guerre comme crimes contre la pluralité. Bien qu'Arendt ait été accusée d'avoir échoué à comprendre le caractère traumatique du génocide Nazi du peuple juif, et, par conséquent, leurs raisons d'établir un État sur les bases de la souveraineté juive et d'un avantage démographique, elle se fondait en réalité sur une autre mémoire collective : celle du réfugié et des droits du sans-État. Elle n'a pas n'a pas réduit les solutions juridiques à des solutions morales, mais a pensé que tout droit légitime - qu'il fonde l'État ou poursuive des crimes de guerre - devait être fondé sur une ontologie sociale de pluralité ayant des implications morales concrètes. Elle a critiqué le procès Eichmann en tant qu'acte de construction d'une nation, suggérant que la poursuite des crimes de guerre était illégitimement liée à l'acte de construction de l'État-nation et établissant la légitimité de l'État d'Israël. Dans le rejet récent du rapport Goldstone par le gouvernement israélien, la question de la « légitimité » de l'État est de nouveau posée. Si Israël a commis des crimes de guerre, cela implique-t-il que la légitimité de l'État soit remise en question ? Mon argument consiste à dire que c'est seulement à la condition que les motifs de légitimation codent et sanctuarisent la victimisation en tant que prérogative exclusive d'Israël dans la région que l'allégation de crimes de guerre heurte les prétentions de légitimité de l'État. On peut en voir la fondation dans le procès Eichmann, mais cela a été réaffirmé dans la réponse à Goldstone. Existe-t-il une autre mémoire, la mémoire des sans-États, qui pourrait établir d'autres bases à la fois pour la poursuite des crimes de guerre et l'établissement de la légitimité de l'État ?
In this text, I propose to consider the problem for judgement that Hannah Arendt saw as posed by historically unprecedented crimes of war. In the end, she proposed that certain kinds of obligations of co-existence and co-habitation were prior to any existing legal code, and implicitly argued that they should form the moral framework within which international law is formulated. Although she understood in the 1960s that the binding character of international law was questionable, she nevertheless argued that legal judgments must be grounded in moral judgments, and that the latter must affirm and protect the social condition of plurality. Although nearly 60 years have passed since the publication of Eichmann in Jerusalem, Arendt's views remain pertinent and controversial since they implied both (a) support for a binational federal authority in the Middle East and (b) the prosecution of war crimes as crimes against against plurality. Although Arendt was accused of failing to understand the traumatic character of the Nazi genocide on the Jewish people and, hence, their reasons for establishing a state on the basis of Jewish sovereignty and demographic advantage, she was actually working from another collective memory: that of the refugee and the rights of the stateless. She did not contract legal with moral solutions, but thought that any legitimate law - whether one that founded the state or prosecuted war crimes - ought to be based on a social ontology of plurality that had concrete moral implications. She criticized the Eichmann trial as an act of nation-building, suggesting that the prosecution of war crimes was linked illegitimately to the act of nation-building and establishing legitimacy for the State of Israel. In the recent rejection of the Goldstone report by the Israeli Government, the issue of the "legitimacy" of the state is raised again. If Israel committed war crimes, does that imply that the legitimacy of the state is called into question? My argument is that it is only on the condition that the grounds of legitimation encode and enshrine victimization as an exclusive prerogative of Israel in the region that the allegation of war crimes strikes at the legitimacy claims of the state. One can see this foundation built in the Eichmann trial, but it is reaffirmed in the response to Goldstone. Is there another memory, the memory of the stateless, that could establish another basis for both the prosecution of war crimes and the establishment of state legitimacy?
